Pars Avec Moi

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Mise en scène nocturne

La nuit a rarement révéler plus de différences que les jours. Beaucoup considèrent que chaque jour est un autre jour et que nos nuits se ressemblent. Je vous le dit la nuit offre la singularité de modifier son apparence. Elle se métamorphose.

Le protagoniste en façonne la durée, la profondeur, l’activité et les actes. Rythmée par l’accès aux bras de Morphée, elle s’y stabilise ou s’en écarte. Laissant dans cette seconde situation le champ libre à tous les metteurs en scène. Le décor se plante sous diverses ambiances. Lumières artificielles ou naturelles si le scénario s’est inventé proche du cercle polaire. Profondeur noire si le réalisateur cadre une vérité naturelle. Les acteurs en sont moins nombreux mais ils n’en sont pas moins actifs et animés. Révélant plus nettement l’action, l’acteur de la nuit est soutenu par le bruit isolé. 
Spectateur de ma propre nuit, je me suis offerte une place au théâtre des toits de Paris. Sixième balcon, fauteuil assis, j’apprends à appréhender ma nuit. La pénombre du rideau fermé m’entoure de silence. Puis le rideau se lève et je plonge admiratrice de cette nouvelle story. Les critiques des colonnes culturelles sont elles là aussi où suis je seule à scénariser en pleine insomnie ? 

Le crescendo sonore se construit, l’imaginaire fui et le travail de réalisation porte ses fruits. Le garçon de terrasse range sa terrasse, fracas métallique et raclure du galet, mes dents luttent face à cet innommable bruit. Les chaises s’entassent et les derniers buveurs passent. Un homme s’immobilise devant une glace, un verre qui casse puis une sirène trépasse. Des rires mêlés aux cris venus des loges, m’invite à détacher mon attention de la scène et d’envisager un groupe de jeunes beuglant étudiants. Le théâtre St-Michel a laissé s’échapper les touristes et reprend son identifant. Le rugissement d’une moto reprenant ses droits dans une circulation inexistante. Un crissement de pneu et la douleur d’un frein dans un serrement de main. Un baiser langoureux, d’amoureux transis. 

Les actes se suivent, les acteurs tournent et la nuit tend pour cadeaux des sons différents. S’arrête – elle aux chants des oiseaux ? Ils se sont invités sur la scène et roucoulent doucement, isolément et communément. La nuit se termine par d’autres alarmes : un scooter bousculé, une voiture stationnée et le salut d’un clocher. Lever de rideaux coulissants. Mes yeux finissent par lutter, Six heures passent, l’ovation s’élève, le public conquis et l’insomnie aussi.  La nuit vient d’exister par la célébration d’autrui, elle prouve une fois encore que seule sans maître d’orchestre, elle n’aurait pas de vie.

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